Partage, collaboration et magie

Lorsque l’on se met à créer, que l’on se lance dans une passion qui nous aide à nous exprimer, il est toujours difficile de franchir le cap du partage avec les autres. Se dévoiler tout entier ou seulement une part de soi n’est pas chose aisée. Outre les critiques qui peuvent parfois déstabilisées, c’est surtout accepter de livrer quelque chose, une photo, un texte, un tableau, qui raisonnera différemment dans l’esprit de chacun. Une fois dévoilé, ce que nous partageons ne nous appartient plus vraiment au final. Il devient mouvant, se transformant au gré des gens en émotions,  images, sons ou juste rien. Une interaction se crée alors entre deux personnes, l’auteur et cet
autre qui entre dans un nouvel univers. Et de cette interaction peut naitre de bien jolies choses.

A la faveur de sa belle plume, Tiphaine, alias Norethrud, s’est exercée à écrire un texte en partant d’une de mes photos.

D’une photo prise un jour d’orage, uniquement pour sa lumière, sans message particulier, est née une véritable histoire que je vous laisse découvrir.

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Virgile, 32 ans  

11 mai 2011 : C’est le premier jour de ma vie. Je l’ai décidé. Je m’appelle Virgile. J’ai 32 ans. Je vis à Paris. Mon appartement se trouve sous les toits et j’ai décidé que je serai poète maudit ou rien. Jusqu’à présent je n’étais rien. Aujourd’hui je suis poète et c’est le premier jour de ma vie. Nous somme le 11 mai 2011, il est 14h36 et le temps est à l’averse. Je veux parler de ce que je vois, de ce que j’entends et de ce qui m’entoure. Mon regard s’est ouvert aux autres. J’essaye de donner du style à ce texte. Je fais de courtes phrases. Elles sont le symbole de mon manque d’oxygène. Symbole aussi de mon empressement à tout raconter. A tout vivre.

Le même jour, 15h53 : Je vis des choses merveilleuses depuis que je suis né. En regardant par la fenêtre j’ai vu une église et un arc en ciel. Il scindait les cieux. Au-dessus de lourds nuages menaçants, au-dessous une lumière accrue. La lumière entrait par toutes les fenêtres. Je l’imaginais, comme une entité, serrant dans ses bras tous les gens qu’elle rencontrait. Alors mon regard s’est arrêté sur l’immeuble d’en face. Et je l’ai vue… Ses cheveux tirés en un chignon s’opposant à son visage serein. Sa jupe et son bandeau blanc sur son justaucorps noir. Je n’entendais pas la musique mais je la ressentais. Je voyais les notes d’un piano ruisseler le long de son bras, délicat arceau de chair, et s’enrouler autour de son mollet pour former une flaque, la suivant comme son ombre, une fois sur le paquet. Je suis resté un moment à respirer son image, vapeurs de bien-être qui consument désormais ma tête. J’ai eu peur qu’elle ne me voit, alors je suis revenu m’asseoir pour déverser ici toutes mes pensées… je me sens comme le noyé de la chanson. Tout poète a sa muse, je voudrais tellement me plonger dans les yeux de la mienne… J’essaye d’allonger mes phrases car mon cœur semble à la fois se gonfler et se creuser de petits chemins et je crois que c’est ce qu’on ressent lorsque l’on vit une passion.

Le même jour 18h37 : C’est le premier jour de ma vie et j’y ai appris à respirer comme à souffrir. Je suis retourné au bord de la fenêtre pour l’apercevoir et elle était toujours là. Elle étirait son corps si souple, certainement endolori par la fatigue et il est entré. J’ai souffert une première fois. Elle a disparu un instant, certainement pour arrêter la musique, puis elle s’est avancé vers lui et ils se sont mis à se disputer. J’ai souffert deux fois. Je me suis éloigné. Il me fallait le dire.

Le même jour 18h58 : Voilà un peu plus de quatre heure que je vis ce n’est peut être rien mais quand c’est toute sa vie cela compte. Je serais bien tenté d’envoyer valser les points les virgules et les autres signes de ponctuation pour exprimer ici ce que je vis ! Je voulais savoir si tout allait bien et je l’ai vue lancer vêtements et magazines sur l’homme qui la menaçait de la main. Elle voulait, et je voulais, qu’il parte ! Ce n’est que quand je l’ai vue porter la main à sa joue dans un geste douloureux que j’ai deviné ce qu’il se passait et c’est alors qu’un autre coup est parti, la faisant chuter. Désemparé je ne savais que faire alors j’ai attrapé le téléphone, il me fallait la sauver, il me fallait… Il m’a vu. Là. Le téléphone à la main. Il a crié une dernière fois, a réuni quelques vêtements puis il est parti. Elle s’est relevée, avec la grâce d’un cygne effleurant le fil de l’eau, a couru vers la porte pour la refermer à jamais sur lui. Elle s’est retournée vers la fenêtre, vers moi, elle m’a vu puis elle a souri ! Oui je l’ai vue sourire me sourire derrière les quelques larmes encore présentent dans ses yeux. Comme je voudrais vous raconter ses larmes et comme je voudrais pouvoir tout vous en dire… mais après un rapide signe de la main, elle a fermé le rideau avec une douce pudeur. C’est ça être un poète maudit. C’est vivre, aimer, voir, souffrir et retourner à sa tenace solitude pour conter les choses. Pour le premier jour de ma vie, ce n’est pas rien.

Le même jour 19h10 : On sonne à ma porte. Je ne sais pas si j’ai très envie de vivre, aimer, souffrir et retourner à ma solitude. C’est peut-être demander beaucoup. Je vais peut-être me contenter d’aimer.  

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Nous avions déjà tenté l’expérience inverse : moi,  partant d’un de ses textes et le mettant en image.

J’espère que d’autres collaborations suivront que ce soit avec Tiphaine ou avec d’autres!

1 commentaire
  1. C’est toujours plaisir de partager ce genre d’échange avec toi 😀 Nous referons ça très rapidement! Ta photo est vraiment sublime. Je ne me lasse pas de cet effet un peu bulle comme si l’on pouvait regarder le monde au travers de lunettes magiques…

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